Motion B

Le temps des motions est celui du choix d’une ligne politique. Ce n’est qu’ensuite que vient le temps du choix du leader pour conduire la mise en œuvre de cette ligne. A ce stade, la contribution « Pour un socialisme écologique » appelle à une motion autour de l’idée d’une vraie rénovation écologique, sociale, numérique et européenne.

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Parti socialiste


Le congrès de Reims continue sa route. Après la présentation des contributions, le 2 juillet, les motions sont maintenant déposées. Elles seront publiées dans un cahier spécial accompagnant l'hebdo 502 daté du 4 octobre.

Vers un social-écologisme ?

Traditionnellement, le libéralisme économique a insisté sur l’accumulation de capital et l’initiative individuelle des entrepreneurs alors que le socialisme a mis l’accent sur le facteur travail et le fait que tout acte de production découle d’une œuvre collective. Mais le modèle productiviste n’est remis en question ni par les uns, ni par les autres. Le Congrès de Reims pourrait constituer un tournant dans la doctrine socialiste, l’inauguration d’un socialisme écologique qui démarquerait plus nettement la droite et la gauche en prenant en considération les limites de la planète.
La place de l’écologie dans la pensée économique libérale depuis Adam Smith (1776) a toujours été négligeable. Si la question du renouvellement des ressources naturelles est au cœur des interrogations de Malthus, les classiques et les néo-classiques ont exclu la nature du champ économique. En effet, la question de l’épuisement des ressources ne se posait pas à l’époque. La pollution industrielle apparaît pendant la seconde moitié du XIXe siècle (combustion du charbon…) sans que l’on s’en préoccupe. Le problème majeur est de produire, le reste importe peu. Karl Marx est dans la même lignée. Pour Marx, les forces motrices de l’histoire sont à chercher dans l’organisation « matérielle » des sociétés, c’est-à-dire dans la façon dont elles produisent leurs richesses.
Il faut attendre 1972 pour que la pensée dominante commence à envisager les contraintes écologiques. Maurice Strong, secrétaire de la première conférence onusienne sur l’environnement à Stockholm arrive aux réunions en vélo. On y aborde le réchauffement climatique, la montagne des déchets, le casse-tête énergétique, la question de l’eau et de la ville… La même année le rapport du Club de Rome analyse statistiquement les limites de la planète. Le parti socialiste français ignore ce tournant historique. Une brochure de formation, Socialisme et écologie (septembre 2000) estime que « ce rapport était évidemment inacceptable pour la gauche et pour les socialistes, tant pour sa méthode que ses conclusions ». Le Congrès de Grenoble de 1973 reste sur la vulgate classique du socialisme : « Ce n’est pas l’expansion qui met en cause le sort de l’humanité, mais l’appropriation du progrès par une minorité ».
Il faut donc des événements extérieurs pour que la doctrine socialiste commence à s’écologiser. Après le premier choc pétrolier, le Congrès de Pau en 1975 constate : « Désormais la mise en question est globale : le modèle de développement, la logique de croissance économique, la répartition de l’énergie et des matières premières, l’équilibre écologique… ». C’est le second choc pétrolier qui donne lieu en 1981 à l’une des 110 propositions du candidat François Mitterrand : « Un vaste programme destiné à économiser l’énergie sera entrepris. Des clubs d’économies d’énergie assisteront les ménages ». Mais c’est l’élection législative de 1997 qui marque une véritable rupture. Pour la première fois dans l’histoire de l’écologie politique, les Verts concluent une alliance avec le Parti socialiste. Après une période « ni droite, ni gauche », l’ écologie se positionne dans une gauche qui se veut plurielle. De plus, il devient de plus en plus évident que « l’équilibre de la planète est en danger, au point de remettre en causes les capacités d’existence des générations futures de manière irréversible » (motion de synthèse du Mans, 2005). Devant cette situation inquiétante, certains militants socialistes estiment dorénavant que l’écologie ne peut plus faire l’objet d’une sous-traitance : un parti de gouvernement doit reprendre à son compte la thématique écologiste de façon claire et déterminée. En 2008, cette situation se concrétise dans la Déclaration de principes du parti socialiste. C’est la cinquième fois depuis 1905 que le parti socialiste redéfinissait ses bases idéologiques et l’écologie devient un mot-clé du socialisme : « Le but de l’action socialiste est la sauvegarde de la planète (article 1) » ; « Les socialistes sont partisans d’une économie sociale et écologique de marché (article 6) ».
Le pôle écologique du PS présente maintenant une motion pour le Congrès de Reims. Il est venu le temps où le PS pourrait devenir « le premier parti écologiste de France » comme annoncé par Laurent Fabius dans LeMonde du 7 janvier 2003. Cette évolution me parait inéluctable car ce n’est pas l’infrastructure économique qui entraîne le bouleversement des structures idéologiques et politiques comme le pensait K.Marx. La véritable infrastructure qui motive l’action humaine, c’est l’infrastructure matérielle mise à notre disposition par la planète. En d’autres termes, « l’infrastructure construite de main d’homme est elle-même superstructure relativement à l’infrastructure par nous trouvée, celle des ressources et circuits de la Nature. » (Bertrand de Jouvenel). Reste à expliquer pourquoi l’écologie ne peut être véritablement portée par la droite…

Michel Sourrouille

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